Et je danse, aussi

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  1. Le roman épistolaire ? Pas ma tasse de lecture.
  2. Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat ? Connais pas.
  3. Sais pas danser
  4. Première et quatrième de couverture ? Pas emballée.

Et pourtant !… Quand j’ai lu par hasard une chronique sur Et je danse aussi des deux auteurs inconnus cités plus haut, ma curiosité m’a tout naturellement poussée chez mes libraires préférés et hop ! dans mon panier.

Alors oui ! Roman épistolaire certes, mais des temps modernes. Un pari osé, voire casse-gueule pour ces deux spécialistes de la littérature jeunesse qui nous livrent ici une histoire d’adultes écrite à quatre mains – ou deux claviers, c’est selon – souvent drôle, parfois touchante par un jeu d’échange de mails, version moderne des échanges épistolaires.

Adeline, 34 ans, adresse un colis à Pierre-Marie, 60 ans, soi-disant son auteur préféré mais pour l’heure en panne d’écriture. Convaincu que le colis ne peut contenir qu’un manuscrit, Pierre-Marie décide de le retourner à son expéditrice en prenant soin de la prévenir par mail grâce à l’adresse qu’elle a pris la peine de mentionner au dos de son envoi. Premier mail de Pierre-Marie à Adeline, première réponse tout aussi virtuelle d’Adeline à Pierre-Marie et voilà nos deux joyeux drilles embarqués dans une joute épistolaire au gré de laquelle l’humour et l’émotion vont rebondir d’un clavier à l’autre pour nous écrire la belle histoire de deux solitudes réunies par la magie des mots.

Très vite, le ton devient de plus en plus amical, personnel, intime. Ils se confient l’un à l’autre, se comprennent et bientôt cette correspondance leur devient indispensable, salvatrice. Tout au bout du fil qui les relie soudain, entre badineries et aveux désarmants, émergent des cicatrices communes. Et si cette fièvre d’échanges n’avait rien d’un hasard ?

On se laisse porter par cette vraie et belle correspondance, heureux de pouvoir lire par-dessus leurs épaules et de partager ces neuf mois de correspondance, neuf mois d’écriture qui parlent de la vie, des bonnes raisons de la trouver belle, qui parlent de reconstruction, de complicité et de manque. Cette écriture qui fait la littérature. Cette littérature qui tisse des liens entre les cœurs qui battent.

Un roman comme la vie : foutraque, déraisonnable, inattendu.

Extraits : « (…) quoiqu’il arrive désormais, il ne faudra pas renier ces quelques semaines passées à nous écrire. J’y ai trouvé un grand plaisir, et même plus que ça, ne riez pas : quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du coeur, et puis soudain quelqu’un apparaît et vous apporte la révolution. Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour, vous êtes dans cette fièvre, dans cette fête. (…) Ça dure ce que ça dure. Et puis les couleurs pâlissent, les lignes claires se brouillent. Viennent les malentendus, le doute, le ressentiment (j’ai failli mettre ici des points de suspension, je me suis rattrapé de justesse). J’ai l’impression de vivre tout cela avec vous, en virtuel et en accéléré, mais avec toutes les nuances du processus, par exemple celle-ci : en vous écrivant, à l’instant, je fais comme si tout allait bien, de la même façon que les couples qui se séparent jouent, le temps d’un répit, sur l’oreiller ou non, la comédie de leur amour fini. Leur été indien. Encore une fois. Une dernière fois. Ils y ajoutent juste leurs larmes. » (p. 140) « Votre voix me manque. Oui je sais bien que je ne l’ai jamais entendue, votre voix, pas plus que je n’ai vu votre visage. Quand je dis votre voix, je veux dire votre façon de me parler. Et aussi votre façon de me faire parler, de me donner envie de vous parler. Voilà : notre complicité me manque. Nous me manquons. Ce qui me touche et me séduit dans les livres, les films, le théâtre, plus que les histoires elles-mêmes, c’est ce qui les habille. La façon dont on me les raconte, leur texture, le tissu dont elles sont tissées, leur grain comme on dit en photographie. Et ce grain-là, je le trouve dans vos mots, Adeline. Vos histoires me plaisent, et votre manière de me les raconter aussi. » (p. 205)

Editions Fleuve noir – Mars 2015

 


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