Ce monde disparu

mxcpce-monde-perdu-dennis-lehane« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être gangster… » C’est avec cette déclaration que le personnage d’Henry Hill entre en scène dans Les Affranchis, film réalisé par Martin Sorcese en 1990.

Dennis Lehane aurait pu citer Les Affranchis dans les premières pages de son roman Ce monde disparu paru cette année aux éditions Rivages/Thriller (traduit de l’anglais par Isabelle Maillet). Il a préféré un clin d’oeil à mon ami Bruce Spiungsteen en reprenant des paroles de Stolen Car (extrait du superbe double album The River – 1980) : « …I am driving a stolen car / On a pitch black night / And I’m telling myself I’m gonna be alright. » Et on s’embarque avec ce héros de gangster en imaginant sans peine un Al Pacino ou un Robert de Niro au volant.

La figure du gangster fascine. Depuis toujours, les malfrats, bandits et autres truands ont fait l’objet de nombreuses représentations dans les domaines artistiques et littéraires. Le gangster est une figure émouvante, il nous place face à l’interdit, face à ce qui est sensé nous repousser. Il est l’électron libre de la société mais aussi celui qui la met en danger. Et Joe Coughlin, le héros de Ce monde disparu n’échappe pas au mythe fascinant du gangster.

4ème de couverture :

En cette année 1943, le monde est en guerre, mais aux Etats-Unis la mafia prospère. Après avoir régné sur le trafic d’alcool en Floride pendant la prohibition, SJoe Coiglin s’est officiellement retiré et a cédé la direction des affaires à son frère d’armes Dion Bartolo. Un jour pourtant, il apprend qu’un mystérieux commanditaire a mis sur sa tête un contrat dont l’exécution est prévue pour le mercredi des Cendres. Il sait bien que « le temps ne nous appartient pas, on ne fait que l’emprunter. » Il a déjà trompé la mort à plusieurs reprises et ne s’est pas consolé de la mort de son épouse Graciela. Mais il y a son fils Tomas; il ne peut envisager de le laisser orphelin. Joe n’a que peu de temps pour identifier son ennemi, une tâche complexe dans un monde où les codes de l’honneur sont en train de disparaître…

Porté jusqu’au bout par le supense, Un monde disparu est un roman noir élégiaque et tragique d’un Dennis Lehane déjà « scénarisé » à plusieurs reprises avec Mystic River (Clint Eastwood), Gone, Baby, Gone (Ben Affleck) et Shutter Island (Martin Scorcese). On dit même dans le « milieu » que les précédentes aventures de Joe Couglin, Ils vivent la nuit (Rivages/Thriller 2013) est en cours d’adaptation par Ben Affleck…

Ce dernier roman de Dennis Lehane nous conte un désastre collectif où tout le monde finit orphelin, y compris le lecteur qui voit peu à peu disparaître les parrains de la pègre dont il avait suivi tant les agissements criminels que les emballements du coeur. Le personnage de Joe est captivant parce qu’il est complexe et nostalgique. Inconsolable de la mort de sa femme, il élève seul son fils qu’il voufrait préserver du milieu. Il a renoncé au pouvoir mais ses crimes le hantent et la rédemption est loin d’être gagnée. Comme l’indique le titre, le roman raconte en même temps que le déclin d’un homme, celui d’un monde dans lequel le code d’honneur des mafieux bat de l’aile et les amitiés ne tiennent qu’à un fil.

Ce monde disparu est aussi l’occasion de découvrir des personnalités inquiétantes comme Thérésa fleuriste le jour et tueuse à gage la nuit, qui tente de survivre en prison après avoir réglé son compte à son mari violent à coups de maillet de croquet… Comme Montooth Dix, le caïd des afro-cubains qui règne sur les loteries et vit dans une forteresse au milieu de ses femmes et de ses six enfants. Comme Ned, le medecin de la mafia qui traîne un lourd secret ou comme Lucius King qui depuis son bateau importé d’Inde fait régner la terreur, entouré d’une armée « d’Androphages »… Des hommes et des femmes au destin trouble qui vont éprouver le code d’honneur de Joe.

Ce monde disparu voit tomber les cadavres d’enfants, d’hommes et de femmes… Calibres 44, requins, lames, alligators… les manières de mourir sont légion. Joe réussira-t-il à sauver sa peau ? Réponse dans les toutes dernières lignes du roman.

Extraits :

« […]J’aime cette vie-là, Joe, tu comprends ? J’adore ça : me réveiller tous les matins en cherchant de nouveaux moyens de baiser le système, ne jamais mettre un genou à terre devant personne, ne jamais accepter de rentrer dans le rang… (Il appuya l’index sur le tableau de bord.) On décide de notre façon de vivre, on établit nos règles, on se comporte en homme. Ca me botte d’être un gangster, merde ! » […] Si j’ai pris le risque de t’en parler, c’est que je ne veux pas que ça s’arrête. Je ne veux pas finir avec deux balles dans le crâne, ni moisir des années en taule et découvrir à ma sortie que plus personne ne me connaît et que je dois me dégotter un putain de boulot honnête. Je n’ai jamais gagné honnêtement un seul dollar, et je n’ai pas l’intention de commencer un jour. » (page 155)

Vous aimerez certainement:

Mentions légales: Perigord-vert.info est publié par les éditions du Périgord, association loi 1901, domiciliée à Saint-Martial de Valette en Périgord vert. Notre seul propos est de faire connaître notre Périgord.

error: Content is protected !!
Offices de tourisme en Périgord vert

Liste des offices de tourisme en Périgord vert... N'hésitez pas à les contacter, ils vous répondront le plus vite possible......

Fermer