L’Oiseau du Bon Dieu, Tarantinesque James McBride

mxcp0978-cover-lord-5532c68b55457John Brown, né le 9 mai 1800 à Torrington dans l’état du Connecticut aux Etats-Unis et mort par pendaison le 2 décembre 1859 à Charles Town, Virginie – aujourd’hui la Virginie occidentale – était un abolitionniste qui en appela à l’insurrection armée pour abolir l’esclavage. Il est l’auteur du massacre de Pattawatomie au Kansas en 1856 et d’une tentative d’insurrection sanglante à Harpers Ferry en 1859 qui se termina par son arrestation, sa condamnation à mort pour trahison contre l’état de Virginie et sa pendaison (source Wikipédia).

Mais ça, c’est l’Histoire, la très sérieuse Histoire des Etats-Unis d’Amérique…

Avec L’Oiseau du Bon Dieu, paru cette année aux remarquables Editions Gallmeister, le trublion James McBride revisite avec un irrésistible humour cette période noire de l’histoire américaine. A la manière du Django Unchained de Quentin Tarantino, réalisé en 2012, McBride nous livre une fable hilarante sur Le Vieux, alias John Brown, décrit comme un fanatique par le Président des Etats-Unis d’alors, Abraham Lincoln.

4ème de couverture : En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se trouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des heures les plus marquantes du XIXème siècle américain.

L’arme secrète de McBride dans cette alchimie fictionnelle est bien Henry Shackleford, alias L’Echalote (Onion en anglais), ce jeune esclave à la peau légèrement colorée, affranchi par John Brown. C’est L’Echalote, fils de barbier qui sera déguisé en fille tout au long du roman pour sa sécurité qui raconte cette histoire, laquelle, sous son œil aiguisé prend l’allure d’une farce aux contours absurdes. Il pointe l’humour dans la tendance qu’a Le Vieux à prier pendant une heure ou plus alors que son armée en haillons attend la fin de ses incantations pour commencer le dîner ou encore en soulignant son penchant pour les explications bibliques autour d’un feu, les balles et les boulets de canon sifflant autour de lui.

L’Echalote raconte cette histoire à la manière d’un grand conteur de la culture du barbier noir américain. En effet, de l’esclavage à la liberté, les coiffeurs ont constitué une écrasante majorité des entrepreneurs au sein de la communauté Africaine Américaine. Durant la période précédant la Guerre Civile (Pré Proclamation d’Émancipation, avant 1865, c’est-à-dire, avant que les esclaves ne soient affranchis par Lincoln) les noirs détenaient un monopole dans la profession de barbier, essentiellement en rendant service aux riches blancs, souvent des hommes d’affaires ou politiques importants. Ces salons de coiffure étaient des lieux impartiaux pour s’exprimer. L’histoire nous est livrée dans une langue riche et fleurie, caractéristique du conte, même lorsque l’Histoire elle-même n’a rien de drôle. McBride est ainsi capable de donner une saveur plus agréable encore – parfaitement délicieuse, en fait – à une histoire qui, en d’autres mains, aurait laissé un arrière-goût bien plus amer.

Dans cette histoire, McBride, né homme de couleur, nous parle des esclaves autrement. Tous n’avaient pas envie d’être affranchis. Quelle tournure aurait pris l’Histoire si Le Vieux ne s’en était pas mêlé ?…

Cette croisade biblique est pleine d’humour et parce que l’humour rassemble, chacun y trouvera son compte. Ce héros-narrateur est l’antithèse de tous ces enfants débrouillards que l’on croise dans les romans d’initiation. Il est bourré de défauts : menteur, tricheur, voleur, buveur, peureux, lâche et j’en passe mais cette crapule est tellement sympathique, ce roman est tellement politiquement incorrect que seuls les bien-pensants ne s’y retrouveront pas.

Un conte jubilatoire à transmettre, à mettre entre toutes les mains.

Extraits :

« Je suis né homme de couleur, surtout oubliez pas ça. Mais pendant dix-sept ans, j’ai vécu en me faisant passer pour une femme. » 

« Dans la vie, vous pouvez toujours jouer un rôle, mais vous pouvez pas être cette personne-là. Vous la jouez seulement. Vous n’êtes pas réel. J’étais un Noir avant tout, et les Noirs jouent aussi un rôle à eux: dissimulation. Sourire. Faire semblant d’être esclave, c’est bien, jusqu’au moment où ils se retrouvent libres, et puis après ? Libres de quoi faire ? D’être comme l’homme blanc? Est-ce qu’il est si bien que ça ? »

 L’Oiseau du Bon Dieu – James McBride – Ed. Gallmeister – 438 pages – Traduit de l’anglais (américain) par François Happe

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