Père et Fils de Larry Brown, le spectacle du mal

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Il faut beaucoup de talent pour hypnotiser un lecteur avec un roman qui se concentre sur un protagoniste aussi détestable que sans scrupules. Mais Larry Brown y parvient à merveille dès les premières lignes de Père et Fils (Gallmeister/Totem 2015), un roman obsédant et plein d’humanité.

Quatrième de couverture :

Après trois ans derrière les barreaux, Glen sort tout juste de prison. Il rentre chez lui dans ce Sud écrasé par la chaleur où son père, son frère, sa petite amie et le fils qu’elle a eu de lui, l’attendent. Quarante-huit heures plus tard, Glen a déjà commis un double meurtre. Aucun indice ne peut mener jusqu’à lui. Mais tout va conduire à faire rejaillir à la surface les secrets enfouis depuis deux générations, les démons qui hantent les âmes en peine de cette famille aux prises avec son destin.

Tous les personnages de ce roman sont imbriqués dans un écheveau de liens secrets et toute la résonnance de ce récit haletant est essentiellement due au cheminement adroit de Brown qui nous livre des éléments clés au compte-goutte et en toute simplicité, utilisant une prose lyrique et dépouillée pour évoquer la façon de parler rythmée et l’atmosphère du Sud rural des années 1960 où tout le monde fume cigarette sur cigarette et boit du whiskey.

Ce roman palpite, dans l’étouffante chaleur du Deep South, de la présence du mal, présence irrémédiable… Tous les personnages font l’expérience non du franchissement impie des limites de leur propre pouvoir, de leur propre existence, de leur propre singularité mais celle atroce de la puissance corruptrice du mal. Il y réside quelque chose de l’homme après la Chute, de l’homme après le péché. Glen, chu dans le monde réel, moite et médiocre, doit composer avec une dimension sombre et corruptrice. Glen est le « trou noir » du roman, son gouffre insondable, qui absorbe toute lumière et toute force. Glen, c’est un héros comme Faulkner aimait à les peindre et notamment dans son sublime Sanctuaire. Le mal n’est pas peint comme un démon apocalyptique, supérieur et criminel, il est dépeint comme une tentation de l’acte nuisible, gratuit, sans cause, presque « innocent » dans son expression même, dans son absence de mobiles, de motifs. C’est le mal dans son absurde dégradation…

Et même si Larry Brown dépeint un conflit « basique » entre le bien et le mal, il ne réduit jamais les problèmes à ces simples polarités. C’est un regard plein de compassion sur la nature humaine que nous livre Larry Brown tout comme sa compréhension des subtilités du comportement humain au sein d’une société qui, après l’expérience d’une tragédie sait renouer des liens nouveaux pour réaffirmer les fondements d’une communauté.

 

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